Luc Schuiten : « Intégrer l'habitat à son environnement » (2/2)

Habitat sept. 06, 2018

La semaine dernière, nous vous présentions Luc Schuiten, un architecte utopiste dont l’exposition à Arc-et-Senans avait marqué l’équipe de VaoVert.

Première Partie : Luc Schuiten : « Utiliser la nature comme mentor » (1/2)

Dans cette seconde partie de notre entretien, Luc Schuiten évoque la place de la nature dans les villes et sa vision de l’habitat éco-responsable.

Avez-vous déjà pu établir un lien concret entre certaines de vos créations, peut-être les plus anciennes, et de récentes applications ? Aujourd’hui, on note notamment que le végétal, à travers les toitures ou les façades, prend une place grandissante dans la conception des villes.

« Les premiers dessins que j’ai fait sur ces villes végétales datent d’il y a 35-40 ans, bien avant qu’on ne commence à en parler. J’avais pressenti que le fait de développer des cités, des villes qui ne soient que minérales allait provoquer le manque d’une chose tellement importante : la présence du vivant. Dans ce que j’imaginais comme étant une ville agréable à vivre, on allait pouvoir retrouver ces liens importants et que j’essayais de concrétiser par des dessins mais aussi des propositions d’aménagement urbain très précises dans différentes villes. Il s’agit de redonner une place à la nature dans un cadre bien précis comme une ville. Mon travail ratisse assez large : il est à la fois dans des choses concrètes et réalisables aujourd’hui et puis ce que l’on pourrait faire demain et après-demain. Cela tient du même processus, c’est prendre conscience de la réalité, des problèmes, et de pouvoir anticiper pour prévoir ce qu’il faut faire aujourd’hui pour être en accord avec demain ».

Metz en 2167 – © Luc Schuiten

Les hébergements éco-responsables sont la spécialité de VaoVert. A votre regard, qu’est ce qui fait le parfait habitat éco-responsable ?

« L’habitat correspondant le mieux à cette image est un habitat qui s’intègre à son environnement et le bonifie plutôt que de créer une nuisance. Ce qui est extrêmement rare. Généralement quand on construit une maison, on va commencer par couper tout ce qui a poussé, mettre le terrain à nu ou à peu près et puis mettre en ordre géométrique des matériaux de construction morts. C’est un processus qui ne m’intéresse pas car il ne créé aucun lien réel et profond avec l’environnement. Toutes mes recherches vont vers l’utilisation de matériaux qui sont en phase avec la planète, le lieu dans lequel on va les entreposer. Donc des matériaux qui sont le plus souvent biosourcés qui n’ont pas eu un impact négatif sur l’environnement au moment où on les a prélevés. Et qui vont pouvoir revenir à la nature tout en y jouant encore un rôle positif. Quand on travaille avec des fibres minérales, quand on construit en utilisant le bois, la paille, le chaume, le chanvre, on a un matériau qui provient du vivant et quand la construction a terminé son usage, elle revient à la nature en créant un déchet qui est un compost, qui va nourrir le sol et permettre à de nouvelles plantations de continuer le cycle. Il y a tout un ensemble de choses qui sont à notre disposition et qui ont été en grande partie oubliées, qu’on a laissé de côté, on a privilégié des matériaux très complexes qui ne sont plus recyclables et qui vont devenir automatiquement un déchet, une pollution, un encombrement. Et là on est tellement à côté d’actions totalement justes envers la planète ».

Première Graine – © Luc Schuiten

Dans cette façon de repenser la construction, il y a une part de retour aux sources.

« Oui, tout à fait. Je pense qu’on ne va pas revenir en arrière et réutiliser des anciennes manières de faire, mais s’inspirer de ce qui a été fait dès le départ et que nous avons oublié mais que nous pouvons remettre en place avec des connaissances, des pratiques, et une qualité de confort existante aujourd’hui. Nous pouvons très bien y arriver. À Arc-et-Senans, dans le Doubs, j’ai construit cet été une petite habitation (voir image ci-dessous ndlr) qui est faite en chanvre et chaume, dans un bocage de verdure. C’est complètement respirant et ce n’est fait qu’avec des matériaux végétaux qu’on trouve dans les environs. La construction est tout à fait durable. Elle est étanche, elle est isolante et ça correspond à une démarche que j’essaie de mettre en pratique ».

Kerterre – © Luc Schuiten

Aujourd’hui, quels sont projets futurs, vos ambitions pour l’avenir ? Continuer d’imaginer des nouvelles solutions sur la ville de demain et tout ce qu’elle implique (gestion des ressources, mobilités, habitats…) ou bien il y a nouvelles choses que vous souhaiteriez imaginer ?

« C’est tout un ensemble. J’ai toujours des projets bien concrets de réalisation d’une école, d’écoquartiers, d’habitations qui ont toujours ce lien privilégié avec la nature. Mais en même temps, les recherches sur l’évolution d’un habitat vers quelque chose qui est beaucoup plus respectueux de l’environnement continue à être une préoccupation. J’aime toujours bien travailler sur des choses différentes qui se nourrissent mutuellement ».

Pour aller plus loin :

Les créations de Luc Schuiten sont visibles à la Saline Royale  d’Arc-et-Senans à travers l’exposition Les Panoramas de 2100 et et le Festival des Jardins jusqu’au 21 octobre 2018.

Dans votre librairie :

« Vers une cité végétale » ; Luc Schuiten, Gauthier Chapelle ; Editions Mardage

« Dans Vers une cité végétale, Luc Schuiten a rassemblé ses réflexions et projets concernant le futur proche de nos villes et campagnes. Il y suggère des solutions pour les transports publics et individuels de demain, propose déjà des formes d’habitat archiborescent réalisables immédiatement, et étudie le devenir de la ville de Lyon à l’horizon 2100. L’ouvrage offre un complément à Archiborescence qui envisage des évolutions à beaucoup plus long terme. La collaboration s’est renouvelée avec Pierre Loze pour la rédaction des textes et avec Gauthier Chapelle qui conclut l’ouvrage en examinant en biologiste la validité des hypothèses visionnaires de Luc Schuiten ».

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